Shortbus

Shortbus
Shortbus (2006) - Réalisé par John Cameron Mitchell - Avec Sook-Yin Lee, Paul Dawson, Lindsay Beamish, Raphaël Barker - Film américain
-16 ans


















Résumé: Shortbus suit plusieurs personnages new-yorkais dont les aventures tragi-comiques naviguent entre sexualité et sentiments. Tous fréquentent un club underground moderne, Shortbus, où s'expriment toutes les sexualités. Sofia est sexologue et n'a jamais connu l'orgasme. Avec son mari Rob, elle simule le plaisir depuis des années. Sofia croise Severin, une maîtresse dominatrice qui tente de l'aider. Parmi les patients de Sofia, James et Jamie sont un couple gay qui tente d'ouvrir ses relations sexuelles à un troisième partenaire. James propose une relation avec Ceth, mais Jamie reste sur ses gardes. James semble avoir un projet secret. Il est suivi par un mystérieux observateur, Caleb...


# Second long métrage de John Cameron Mitchell, Shortbus représente une étape majeure dans l'histoire du cinéma. En effet, c'est une des rares fois au cinéma, en dehors du cinéma pornographique, que des rapports sexuels non simulés et particulièrement explicites sont filmés dans un long métrage. L'objectif du réalisateur paraît alors clair: montrer au spectateur le sexe dans sa plus pure simplicité, sans artifices, sans tricherie aucune. Si certaines scènes peuvent déranger lors du premier visionnage, ce n'est que par leur sincérité, car Shortbus est avant tout un film sincère, simple, débarrassé de toute pudeur cinématographique: entre la scène d'introduction et son défilement d'images explicites, la relation sexuelle des trois homos, crue à en faire pâlir un homophobe (ce qui n'est certainement pas pour déplaire au réalisateur), les quelques scènes se déroulant à l'intérieur même du club...bref, de quoi remuer la petite Amérique puritaine à laquelle le réalisateur ne cesse de se frotter!
Etant donné l'ampleur de certaines scènes, le fait d'engager des acteurs inconnus s'est imposé au cinéaste comme une fatalité...et ce n'est pas plus mal ! Rarement une telle perfection n'avait été ressentie dans la prestation d'acteurs amateurs: délicieuse Sook-Yin Lee, émouvant Paul Dawson, touchante Lindsay Beamish...jamais on ne ressent le moindre faux pas, la moindre erreur dans le jeu de chacun des acteurs, qui ne tarderont certainement pas à se faire un nom.
Mais plutôt qu'une fresque graveleuse saupoudrée d'humour noir, Shortbus est avant tout un incroyable morceau de vie, emprunt d'intelligence et éminemment sensible. Lieu utopiste où l'homme retrouverait sa vraie nature, le Shortbus apparaît avant tout comme un lieu où tout est possible, ou hétérosexualité et homosexualité se côtoient sans jugements, et où toute les rencontres semblent possibles. Malgré ses allures de joyeux bordel, le Shortbus se présente comme le lieu même de la tolérance, à tel point que l'on souhaiterai que la ville se limite à ces murs colorés, témoins des ébats de dizaines de new-yorkais venus chercher un sens à leur existence. Confrontés quotidiennement aux contrariétés de la vie, n'ayant connu comme évènement marquant que l'effondrement des tours jumelles, jeunes et vieux, riches et pauvres...tous sont égaux au Shortbus!
Mais le long métrage de John Cameron Mitchell va bien plus loin, puisqu'il propose de gratter les apparences pour nous dévoiler les aspects les plus complexes de la sexualité, et même de l'amour en général: Sofia devra remettre en question sa compatibilité sexuelle avec son époux, James choisira d'introduire un autre homme au sein de son couple, et Severin cherchera désespérément une véritable relation humaine...chaque personnage est si complexe que l'on pourrait faire un film sur chacun d'eux. C'est en examinant les rapports humains que le cinéaste dissèque nos propres maux, pour nous imposer une vision du monde simple et sulfureuse, éminemment lyrique, profondément humaine et intelligente, et c'est lors de la scène de fin que cette sensation de liberté atteint son paroxysme. Le tout est dirigé par une mise en scène extrêmement simpliste, caméra portée mais toujours bien menée, et certains plans sont d'une beauté remarquable. Energique et puissante, parfois virulente et d'autres fois douce, la B.O. se veut particulièrement soignée, et chacun de morceaux choisis accompagne à merveille chacune des scènes du film. Rien ne saurait décrire la joie et l'immense sensation qui nous submerge lors de la scène finale, dans laquelle les corps nus se fondent au paysage, le tout rythmé par la voix grave d'un travesti hurlant à plein poumon dans un mégaphone. La ville plongée dans le noir, c'est au Shortbus que se rejoignent, guidés par la lumière d'une bougie, ceux qui ne demandent qu'à connaître l'amour...

En deux mots: il serait dommage de prendre Shortbus pour ce qu'il n'est pas. Loin de la simple comédie graveleuse, c'est une véritable leçon de vie que nous propose John Cameron Mitchell, une leçon qui nous met le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux. Remarquable!




16/20
# Posté le lundi 04 juin 2007 18:45
Modifié le samedi 23 juin 2007 20:21

Flandres

Flandres
Flandres (2006) - Réalisé par Bruno Dumont - Avec Samuel Boidin, Adélaïde Leroux, Henri Cretel, Inge Decaesteker - Film français
-12 ans


















Résumé: De nos jours, dans les Flandres, Demester et de jeunes gars du pays partent soldats dans un conflit lointain. Amoureux de la jeune Barbe, Demester supportait ses moeurs étranges et ses amants. Attendant les soldats, seule en Flandres, Barbe dépérit. Face à ce conflit, Demester se transforme en guerrier. Tragiquement, la guerre exacerbera les sentiments et les liens de ces deux êtres, les menant aux extrémités de leur condition.

Grand Prix au Festival de Cannes en 2006, Flandres est le quatrième long métrage de Bruno Dumont. Un quatrième long métrage aux allures de réflexion philosophique sur la guerre, Flandres connaîtra un certain succès critique, mais ne semble pas à la hauteur de ses engagements, arborant un style peu banal qui laisse finalement assez froid. Si le pari de départ était audacieux, il semble évident que le réalisateur s'est engagé dans un domaine qu'il n'a pas réussi à contrôler, et le résultat s'avère particulièrement décevant, et c'est d'autant plus dommage car le film détient tout de même un certain nombre de qualités. Tout d'abord, sa réalisation: rien à dire, les plans sont soignées, souvent très beaux, bien menés, les mouvements de caméra sont fluides et agréables, et on se laisserait facilement envoûter par cette mise en scène fine et langoureuse. La photographie est elle aussi particulièrement agréable, les couleurs sont chaleureuses, les teintes sublimes...En ce qui concerne l'aspect purement visuel du film, il semble que tout a été soigné.
Mais c'est dans son message que Flandres semble s'essouffler. Si le fait de ne donner aucun contexte spatio-temporel réellement précis s'avère être un bon point (on se concentre alors sur la notion même de la guerre, et non pas sur un conflit clairement défini), il semble évident que certains aspects de l'½uvre ne provoquent pas l'effet escompté. Le réalisateur situe alors l'action initiale dans une ville triste et grisonnante, dans laquelle les habitants semblent habitués à un quotidien terne et sans surprise. Bruno Dumont nous fait alors ressentir la solitude éprouvée par le personnage principal, une solitude notamment exprimée par des plans d'ensemble souvent vidée de toute quantité vivante, dans lesquels Samuel Boidin n'est qu'un point sombre et solitaire. C'est dans cette phase d'introduction que la personnalité de personnages principaux nous est dévoilée: Demester, fermier renfermé et solitaire, Barbe, jeune femme troublée...
La seconde partie établit une connexion, un lien entre la guerre et la paix: la guerre, au même titre que le quotidien ennuyeux que connaissaient jusqu'à maintenant, devient synonyme de normalité, et les personnages, ou en tout cas certains d'entre eux, tentent de s'habituer peu à peu à la situation (la scène du viol, les rapports entre les soldats...). Toujours est-il qu'une fois le film terminé, le spectateur se retrouve face à une drôle de sensation, le film n'apportant qu'un message vaguement exposé...Le film nous laisse sur notre faim, provoquant une sensation d'inachevé, et certaines scènes semblent ne chercher qu'à en mettre plein les yeux: l'explosion d'un des membres, de la mutilation génitale...bref, à croire que le réalisateur n'a pour but que de frapper le spectateur, d'autant que cela n'apporte rien de concret au message...et d'ailleurs, quel message? L'horreur de la guerre? On le savait déjà non?
On regrettera également les interprétations parfois moyennes de certains des acteurs. Pour ce qui est de la jeune Adélaïde Leroux, dans l'ensemble, il n'y a rien à jeter: un jeu efficace accompagné d'un charme des plus alléchants pour un des jeunes espoirs les plus prometteurs de l'année 2006. Samuel Boidin manque cruellement de charisme et son jeu reste assez creux, peu expressif, et au final peu convaincant.Malgré sa courte durée, le film traîne irrémédiablement en longueur, et la petite heure et demie s'avère par moment particulièrement ennuyeuse...

En deux mots: on ressort de Flandres comme on y est entré, en gardant une drôle d'impression et en se demandant ce que l'on doit comprendre...Bref, rien d'extraordinaire!




11/20
# Posté le samedi 09 juin 2007 17:05
Modifié le mardi 12 juin 2007 11:43

Le Mépris

Le Mépris
Le Mépris (1963) - Réalisé par Jean Luc Godard - Avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Fritz Lang, Jack Palance - Film français




















Résumé: Paul Javal, scénariste, et sa jeune femme semblent former un couple uni. Un incident apparemment anodin avec un producteur va conduire la jeune femme à mépriser profondément son mari.

# Depuis 1960 et son premier long métrage A Bout de Souffle, Jean Luc Godard aura réalisé un grand nombre de films, et c'est en 1963 que sort Le Mépris, l'adaptation cinématographique du roman éponyme d'Alberto Moravia. Godard procède alors à une mise en abîmes immédiate, pousse le spectateur à remettre en question tout ce qu'il a devant les yeux, le cinéma compris: une jeune femme est filmée par un travelling, puis la caméra se tourne face au spectateur, et donc face à la caméra. Le cinéma film le cinéma, la caméra provoquant un effet de miroitement. Le Mépris est donc un film sur le cinéma lui-même, sur les difficultés qu'il engendre aujourd'hui, sur ses modifications, ses changements au fil de son histoire, le passé étant représenté par Fritz Lang, interprétant son propre rôle, et le présent par Brigitte Bardot. Arrive ensuite cette scène inoubliable, mythique: la belle, allongée nue sur un lit, pose à son compagnon une série de questions « est ce que tu aimes mes pieds, mes chevilles, mes genoux, mes cuisses, mes fesses, mes seins, mon visage...». L'amour, tout comme le cinéma, semble avoir changé, sa conception n'est plus la même: «Je t'aime totalement, tendrement, tragiquement». Godard s'intéresse alors aux rapports entre hommes et femmes, relation en grande partie basée sur le physique. Le cinéaste établit un parallèle constant entre l'histoire d'amour qui existe entre les deux personnages principaux et le thème de l'Odyssée, l'épopée grecque à laquelle Paul doit participer à l'adaptation cinématographique. Les similitudes sont d'ailleurs criantes, Paul incarnant un Ulysse plus vrai que nature, et Camille une Pénélope plus belle que jamais!
Le rapprochement s'établit à de nombreuses reprises, rapprochant encore une fois l'amour et le cinéma, l'amour vécu par le couple et le film auquel Paul participe. Quand Paul rencontre le producteur, ce dernier lui explique que le cinéma est en train de mourir, dans la même dialectique, la flamme qui existait entre Paul et Camille est sur le point de s'éteindre, l'amour du couple, comme le cinéma, est en train de mourir. Camille semble soudainement troublée, attristé, et finira par avouer à Paul qu'elle ne l'aime plus. Mais là où le schéma initial se complexifie, c'est par l'impuissance de Paul à faire face à la situation, et son ignorance face aux évènements: dans un premier temps, il ignore si Camille ne l'aime plus, et quand elle le lui avoue, il ignore les raisons de ce soudain retournement de situation. Quand il lui demandera pourquoi elle ne l'aime plus, Camille ne lui donnera aucune véritable raison, restera vague, de manière à ce que le spectateur, tout comme le personnage incarné par Piccoli, ne sache jamais avec certitude le pourquoi et le comment de cette distance établit par Camille. Cette utilisation d'arguments et présente également plus tard dans le film, quand Paul décide brutalement de ne pas travailler pour le film, en expliquant qu'il souhaite écrire pour le théâtre. Là encore, le spectateur ignore si Paul est réellement sincère, mais dans tout les cas, cette décision est aussi soudaine que la disparition de l'amour de Camille.
Bercé par la magnifique mélodie de Georges Delerue, qui n'est rien d'autre que l'une des plus belles musiques jamais composées pour un film(reprise notamment dans le Casino de Scorsese), Le Mépris a bel et bien des allures de tragédie grecque, par son déroulement et son couronnement. On retrouve les habituels plans séquences de Godard, très longs, parfaits dans leur maîtrise, le cinéaste enchaîne des plans plus grandioses les uns que les autres, le tout souligné par une photographie chaude, aux couleurs vives, une dessin ensoleillé, qui brille par sa finition. Complexe et alambiqué, Le Mépris est un enchaînement de prouesses techniques, où bribes de temps et anticipations sont d'usage. Quoi qu'on en dise, Le Mépris marque une rupture des plus remarquables, rupture saisissable dès les premier plan séquence, une coupure temporelle qui distancie définitivement le cinéma «classique» du cinéma «moderne», le premier représenté par Lang et le deuxième par la conception de l'amour donnée par Godard. Mélancolique, le long métrage s'achève d'une manière soudaine, inattendue, mais comment cette histoire aurait pu terminer si ce n'est de cette façon, par cet adieu inévitable, cette rupture définitive avec le passé, une désunion qui ne se verra jamais raccommodée. Piccoli parfaitement convaincant, charismatique et extrêmement juste dans un registre taillé sur mesure, Bardot quelque peu agaçante par son sur jeu capricieux!

En deux mots: Godard semble apporter à son ½uvre une maîtrise dont lui seul à le secret, une totale aisance dans la mise en scène, une perfection plastique rarement égalée depuis. Son symbolisme exacerbé, sa réalisation vigoureuse, son découpage scindé...l'ancien critique des Cahiers du Cinéma signe certainement ce qui restera son plus beau film, et une ½uvre majeure de l'histoire du cinéma.




20/20
# Posté le samedi 09 juin 2007 17:16

L'esquive

L'esquive
L'esquive (2004) - Réalisé par Abdellatif Kechiche - Avec Osman Elkharraz, Sara Forestier, Sabrina Ouazani, Hajar Hamlili - Film français



















Résumé: Abdelkrim, dit Krimo, quinze ans, vit dans une cité HLM de la banlieue parisienne. Il partage avec sa mère, employée dans un supermarché, et son père, en prison, un grand rêve fragile : partir sur un voilier au bout du monde. En attendant, il traîne son ennui dans un quotidien banal de cité, en compagnie de son meilleur ami, Eric, et de leur bande de copains. C'est le printemps et Krimo tombe sous le charme de sa copine de classe Lydia, une pipelette vive et malicieuse...

Alors que le film était nominé dans 6 catégories, c'est avec pas moins de 5 césars sous le bras qu'est repartie toute l'équipe de l'Esquive, le second long métrage de Abdellatif Kechiche. Si les films sur les quartiers populaires ne sont pas rares en France, il semblait impossible avant l'Esquive, comme le confie le réalisateur, d'évoquer le sujet de la banlieue sans aborder les thèmes de la drogue, de la violence...Abdellatif Kechiche, lui, ne souhaite qu'une chose: réaliser un film neuf et emprunt de liberté, aussi bien dans le fond que dans la forme. S'il a la qualité de ne rentrer dans aucune boîte préconçue, l'Esquive a également celle de nous faire rire, de nous émouvoir, bref, quelle que soit les émotions que le film procure chez nous, il le fait avec intelligence et simplicité, douceur et sincérité. Alors rangeons les calibres de La Haine et reprenons nos cours de théâtre là où nous les avions laissés, plongeons nous dans un film qui, même s'il ne méritait peut-être pas tant d'éloges lors de la cérémonie des césars, même si le titre de chef d'½uvre semble purement et assurément excessif, reste un véritable bijou du cinéma français, à partir du moment où on le prend pour ce qu'il est: un film intimiste, brillant et remarquablement simpliste.
En effet, L'esquive propose un regard différent sur la banlieue, et c'est certainement sur ce regard neuf que repose l'originalité du long métrage. Mais le long métrage Abdellatif Kechiche n'est pas un film sur les quartiers populaires à proprement parler, mais plutôt une ½uvre sensible sur l'amour, l'amitié, la quête de l'identité...Krimo, un jeune garçon sensible et introverti, succombe soudainement aux charmes de Lydia, une fille de son quartier qui prépare une pièce de théâtre et qui n'a pas sa langue dans sa poche. Abdellatif Kechiche capte avec sa caméra toute l'émotion qui semble submerger Krimo, accumulant les zooms sur le visage de la jeune et fraîche Sara Forestier. A partir de cet instant, la vie de Krimo va changer: il décrochera un rôle dans la pièce, et surtout, il tentera par tous les moyens d'exprimer ses sentiments à celle qui est devenue pour lui une véritable obsession. Fable intimiste et délicate sur l'identité et la conquête amoureuse, l'Esquive n'a rien d'une révolution cinématographique mais la sincérité avec laquelle il aborde son sujet semble imprégnée de poésie et d'intelligence. La force du film sommeille certainement dans la représentation du personnage principal: sensible, drôle, introverti, simple...son histoire et celle de la pièce qu'il est en train de répéter semblent se confondre, s embrasser, les parallèles sont nombreux, troublants, et souvent très subtils... Mais Krimo semble quoi qu'il en soit bloqué à l'intérieur de lui-même, malgré les cris d'un professeur bien décidé à lui faire dépasser ses limites. Freiné par les esquives de la belle, il semble quoi qu'il en soit habité par un désir d'évasion, qu'il attend semble-t-il depuis de nombreuses années. Le film se termine par cette ultime esquive, ce retournement de situation aussi surprenant qu'inatendu: cette fois, c'est Krimo qui aura le dessus et on ne connaîtra pas le fin mot de l'histoire.
Si le film est d'une longueur qui peut paraître prétentieuse, il n'en reste pas moins une très belle découverte de l'année 2004, un film fort et iconoclaste qui assume ses défauts et, s'il est surestimé, tient parfaitement la route aussi bien d'un point de vue scénaristique qu'émotionnel. Si le réalisateur a choisi des acteurs amateurs, c'est certainement encore une fois pour donner au film toute la simplicité qu'il dégage aujourd'hui, son côté vrai, sans artifices: Sara Forestier dégage un charme des plus remarquables, Osman Elkharraz fait preuve d'un talent plus que certain, Sabrina Ouazani est étonnante en petite banlieusarde hystérique...tous les jeunes acteurs semblent réellement imprégnés de leur personnages, et tiennent leur rôle avec une justesse La réalisation simpliste apporte à l'½uvre un aspect documentaire qu'il semble juste de souligner, et le film gagne, par ce choix de mise en scène, en authenticité et en fraîcheur. Certes, le film a parfois tendance à quelque peu tourner en rond, et le rabâchage intempestif du langage de cité en énervera plus d'un, mais les intentions du réalisateur paraissent alors évidentes: nous imposer un voyage au c½ur d'une communauté au sein même de la société, qui a crée son propre langage, ses propres attitude, et ses propres modes de vie...

En deux mots: s'il n'est certainement pas le chef d'½uvre dont on nous parlait lors de la cérémonie des césars, l'Esquive reste un film tout à fait étonnant et vrai, qui prend une tout autre ampleur lorsqu'on le regarde comme ce qu'il est, un film intimiste et touchant par sa simplicité.




14/20
# Posté le samedi 16 juin 2007 06:25
Modifié le samedi 23 juin 2007 20:17

Boulevard de la Mort - REACTION A CHAUD

Boulevard de la Mort - REACTION A CHAUD
Boulevard de la Mort (2007) - Réalisé par Quentin Tarantino - Kurt Russell, Rose McGowan, Zoe Bell, Rosario Dawson - Titre original: Death Proof - Film américain
-12 ans
































Résumé: C'est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d'Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Ce TRIO INFERNAL, qui vit la nuit, attire les regards dans tous les bars et dancings du Texas. Mais l'attention dont ces trois jeunes femmes sont l'objet n'est pas forcément innocente. C'est ainsi que Mike, cascadeur au visage balafré et inquiétant, est sur leurs traces, tapi dans sa voiture indestructible. Tandis que Julia et ses copines sirotent leurs bières, Mike fait vrombir le moteur de son bolide menacant...

Cela faisait trois longues années que le gosse capricieux Quentin Tarantino n'avait pas pointé le bout de son nez, et le revoilà qui reprend du service avec son Boulevard de la Mort, un hommage sauvage et survolté aux séries B des années soixante-dix. Descendu par la critique
lors de sa projection au dernier Festival de Cannes, les fans du réalisateur étaient quand à eux impatients de s'engager sur ce boulevard peut être sans retour, mais avec le réalisateur de Pulp Fiction et Kill Bill au volant, on est prêt à tout! Et il vaut mieux puisque avec son cinquième long métrage, le cinéaste semble avoir définitivement brisé les chaînes de la moralité, mettant une fois de plus en scène un film purement et simplement décomplexé, oubliant même l'idée d'une quelconque moralité cinématographique...et ce n'est pas pour nous déplaire! Non, avec l'âge, Tarantino ne s'assagit pas, loin de là, il semble vouloir aller toujours plus loin, prêt à dépasser toute limite, à en mettre plein les yeux par pur bonheur de la chose, mais force est de constater que le cinéaste le fait particulièrement bien!
En véritable passionné de cinéma, Tarantino nous concocte un incroyable festin cinématographique, une orgie d'images et de sons, le tout amoureusement enrobé dans une ambiance dantesque et délicieusement rétro. L'image volontairement vieillie apporte à l'½uvre son lot de charme, et rappelle bien évidemment le visuel des vieilles séries B auxquelles le réalisateur souhaite évidemment rester le plus fidèle possible. On notera également des effets de découpages remarquablement subtils, tendant encore une fois à faire apparaître le semblant d'usure de la pellicule. Rien à dire, si ce n'est que le résultat sonne très vrai, que l'image dégage un charme incroyable, que les musiques choisies sont une fois de plus saisissantes...bref, Tarantino adopte un style qu'il semble maîtriser à la perfection, mais il est loin de s'arrêter à ces quelques effets visuels.
En effet, c'est tout son univers que Tarantino semble recréer, et même si le style reste globalement le même, le cinéaste semble se renouveler continuellement. On retrouve bien évidemment les illustres dialogues Tarantinesques, toujours composés avec la même énergie, le même soin dans le détail, et même si ces scènes de dialogues peuvent parfois sembler un peu trop longue, elles contiennent leur lot d'originalité et d'intelligence qui font de chaque phrase un véritable bijou emprunt d'humour noir et de cynisme. Et de l'humour noir, Boulevard de la Mort n'en manque pas, bien en contraire, il en foisonne, et on en jubile, à tel point qu'on en redemande, et les presque deux heures de bandes qui constituent le long métrage passent en un rien de temps. Plus déjanté que jamais, le réalisateur met au point ce qui reste à ce jour une de ses plus belles mises en scènes (la plus belle diront certains...), usant et abusant avec une virtuosité incroyable de différents procédés techniques ou autres effets de styles. Alors certes, de nombreux dialogues deviendront cultes, au même titre qu'une certaine conversation concernant la prononciation du Big Mac à la française, mais certaines scènes ont-elles aussi des allures de légendes: outre la magistrale scène de la danse du ventre, on retiendra également les deux courses poursuites en voiture qui ponctuent le film, et font preuve de véritables prouesses quand à la mise en scène. On retiendra entre autre le procédé choisi lors du premier crash entre deux voitures: comme dans son précédant et génialissime Jackie Brown, Tarantino décompose le temps et fait vivre la scène sous les points de vue de chacun de personnages...proprement jubilatoire!
Les scènes de poursuite sont toujours remarquablement menées, font preuve encore une fois de l'immense talent du réalisateur en matière de mise en scène. Les acteurs sont remarquables dans leur ensemble, et Tarantino a choisi quelques très belles plantes pour décorer son casting: Rose McGowan, Rosario Dawson, Vanessa Ferlito...et oui, ça décoiffe, mais Tarantino reste quoi qu'il en soit le plus fidèle possible à l'univers qu'il tente plus ou moins de reproduire: un univers pullulant de grosses bagnoles et de belles nanas! Mais comment parler de Boulevard de la Mort sans aborder le retour et l'incroyable performance d'acteur de Kurt Russel, absolument grandiose dans le rôle du tueur qui file à toute allure et prêt à tout détruire sur son passage! Et on ne saurait non plus parler de Tarantino sans évoquer son utilisation de la violence. Commet d'habitude chez le cinéaste, pas besoin de se creuser la tête pour trouver une quelconque morale, Boulevard de la Mort est un grand moment de n'importe quoi purement jouissif qui se déguste sec, et l'esprit chargé de second degré.
Si on notera la présence de nombreuses références à l'univers des séries B, on remarquera également les clins d'½il que Tarantino ne cesse de faire à ses propres ½uvres: entre la musique de Kill Bill comme sonnerie de portable d'une des actrices, la présence des deux policiers du même Kill Bill...
Alors certes, le scénario du film tient sur une feuille de cigarette, certes ses scènes de dialogue peuvent paraître pompeuse, mais ce cinquième long métrage du réalisateur est avant tout un véritable moteur à explosions prêt à péter d'une minute à l'autre, un énorme moment de pur plaisir cinématographique, d'une puissance hallucinante et jubilatoire...Quoi qu'il en soit, Tarantino confirme la maîtrise d'un style unique qu'il contrôle aujourd'hui à la perfection, et ce Boulevard de la Mort nous fera patienter en attendant le très prometteur Inglorious Bstard.

En deux mot: incroyablement jouissif, réalisé avec passion et amour du travail bien fait, Boulevard de la Mort est peut être le film le plus enflammé de Tarantino, le plus implacable, et le plus impressionnant dans sa mécanique. Un régal d'humour noir, de puissance, et de violence gratuite purement jubilatoire!




18/20
# Posté le dimanche 24 juin 2007 22:03